Histoire de l’Observatoire de Toulouse

par Emmanuel Davoust

Introduction

L’histoire d’un établissement scientifique, c’est avant tout l’histoire d’une oeuvre scientifique. En l’occurrence, pour l’Observatoire de Toulouse, c’est sa collection de dix mille clichés de la Carte du Ciel.

 

 Ce sont trois catalogues d’observations méridiennes de plusieurs milliers d’étoiles chacun, et trois catalogues astrophotographiques qui totalisent plus de 210 000 étoiles. C’est aussi la construction du télescope Benjamin Baillaud au sommet du Pic du Midi, qui a permis par la suite des observations uniques au monde. Ce sont des thèses de doctorat et des monographies. Ce sont également de remarquables bases de données, sur les taches solaires, les étoiles doubles, les petites planètes, les satellites de Jupiter et de Saturne. C’est aussi une série presque ininterrompue d’observations météorologiques journalières depuis 1838 et des registres d’observations du magnétisme terrestre. Car l’Observatoire était un Observatoire astronomique, mais aussi météorologique et magnétique. On ne peut pas non plus faire l’histoire d’un tel institut sans évoquer les hommes qui l’ont profondément marqué par leur forte personnalité, ceux qui ont mené ces projets, en l’occurrence les directeurs successifs.

Mais on oublie souvent que cette oeuvre, ces projets, n’auraient jamais pu se réaliser sans tout un personnel qui a accompli, jour après jour, un travail anonyme, souvent ingrat. C’est pourquoi je voudrais rendre hommage ici à tous ceux et celles, astronomes, techniciens, calculatrices, auxiliaires, qui ont consacré leur carrière à l’astronomie à Toulouse, qui ont passé des nuits dans l’obscurité et le froid à prendre des clichés ou à mesurer l’instant de passage d’étoiles au méridien, qui ont effectué les relevés des instruments météo, dès 6 heures du matin, tous les jours de l’année, y compris les dimanches et les jours fériés, qui ont passé leurs journées à recopier des chiffres dans de gros registres, après avoir vérifié qu’ils étaient bien corrects.

Ce personnel a souvent été au-delà de l’exécution mécanique des tâches qui lui étaient assignées; il s’y est dévoué, parce qu’il avait conscience de travailler pour la Science. L’oeuvre est là pour en témoigner. De plus, ce dévouement est mentionné tout au long des rapports annuels d’activité de l’Observatoire. Certains ont été récompensés; ainsi Dominique Saint-Blancat a reçu le prix La Caille de l’Académie des Sciences en 1924. Parfois, on ne le trouve qu’en lisant entre les lignes. En voici un exemple. Enfoui dans un dans un dossier aux archives municipales, j’ai trouvé la phrase suivante, pour 1915 : « M. Cazabon, mobilisé, obtint une permission qu’il a passée au Pic du Midi où il a mis l’instrument et la coupole en état de passer plusieurs années sans se détériorer« . En 1915, je n’aurais certainement pas sacrifié une permission pour aller travailler au Pic!

Les débuts de l’Observatoire à Jolimont

L’histoire de l’Observatoire de Toulouse à Jolimont n’est qu’un chapitre d’une histoire plus importante, celle de l’astronomie à Toulouse. Les premiers astronomes toulousains que nous connaissons observaient le ciel au 17ème siècle. Un peu plus tard, en 1733, l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse aménage un Observatoire dans l’une des tours des remparts et en confie la direction à Garipuy.

En 1781, l’astronome Jérôme de Lalande disait, en parlant de Toulouse, que « c’est de toutes les villes de province celle où l’astronomie est la plus cultivée« . A cette époque, Toulouse ne comptait pas moins d’une dizaine d’astronomes et trois Observatoires, ceux de Garipuy (rue des Fleurs), celui de Darquier (dans la rue qui porte maintenant son nom), et celui de Riquet (le petit-fils du constructeur du canal du Midi) à Bonrepos.

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Frédéric Petit, le premier directeur de l’Observatoire de Toulouse à Jolimont

 

Frédéric Petit est le premier directeur de l’Observatoire de Jolimont. Nommé directeur de l’Observatoire de la rue des Fleurs en 1838, il constate que cet Observatoire n’est pas en état de recevoir les nouveaux instruments que lui a donnés le Bureau de Longitudes à Paris, sur la recommandation de François Arago, dont il est l’élève. Il propose d’ériger un nouvel Observatoire en dehors de la ville, sur la butte de Jolimont, un endroit mal fréquenté où l’on va se battre en duel. Mais il lui faut 3 ans de négociations avec la ville avant que la première pierre ne soit posée à Jolimont, en 1841, puis encore 6 ans avant que le bâtiment ne soit terminé, et encore 3 ou 4 ans avant de pouvoir enfin y travailler. On ne sera donc pas surpris de lire, dans le premier tome des Annales de l’Observatoire, quelques phrases amères pour caractériser cette période de sa vie.

« … pendant douze ans entiers, depuis la fin de 1838 jusque vers la fin de 1850, tourments, fatigues, heures de découragement et presque de désespoir, efforts incessants pour briser ou pour tourner des obstacles constamment renouvelés au sein des divers Conseils municipaux qui se succédaient et qu’il fallait entraîner contre l’opinion des hommes habitués jusqu’alors à décider sans appel, à Toulouse, dans les questions de science; pendant douze mortelles années, pour fonder l’oeuvre à laquelle je m’étais dévoué, j’ai dû tout épuiser, tout ce qui peut rendre la vie amère à un homme convaincu qu’il doit marcher résolument dans la voie pleine de dégoûts où il s’est engagé.« 

Un peu plus loin, il parle des difficultés pratiques pour observer :

« Quelle vie désolante que celle d’un homme de science obligé d’écrire lettre sur lettre, de faire démarche sur démarche, et pourtant condamné, presque toujours, malgré tant d’efforts, à ne pas obtenir qu’on lui remît en état les trappes méridiennes quand elles ne voulaient plus marcher; qu’on arrêtât les infiltrations pluviales qui dégradaient les terrasses ou qui pourrissaient les planchers; qu’on ne laissât pas les soubassements se détruire sous l’action des eaux souterraines; qu’on prit les dispositions nécessaires pour lui permettre d’aller d’une salle d’observation à l’autre, sans s’exposer, la nuit, aux plus graves accidents à travers les mécanismes des terrasses, etc., etc.« 

Petit laisse pour la postérité la mesure de la latitude de l’Observatoire, des tables crépusculaires destinées à régler l’éclairage public et des observations météorologiques complètes de 1839 à 1862. Par contre, toutes ses observations d’étoiles, non réduites, ont été perdues.

Son successeur, Théodore Despeyroux, a peu de goût pour les observations, et ne se sent pas la ténacité de caractère nécessaire pour le poste; il ne reste directeur que trois mois.

Pierre Daguin, troisième directeur de l’Observatoire de Jolimont, est d’une autre trempe. Il sort de Normale Sup. comme ses deux successeurs immédiats. A cette époque, et pendant encore de nombreuses années, il ne sera pas possible d’être directeur d’un Observatoire français si on ne sort pas de cette école distinguée. Daguin se consacre surtout à son enseignement à la faculté des sciences; à l’Observatoire, il se borne à poursuivre les observations météorologiques. Il a le mérite de commander le télescope de 83 centimètres que la ville avait promis à Petit. Le miroir est taillé par les frères Henry, que nous retrouverons plus loin. A la chute de l’Empire en 1870, Daguin entre en conflit avec la ville qui veut renvoyer le concierge à cause de ses convictions bonapartistes, qui ne l’empêchent pourtant pas d’être très utile au directeur. N’ayant pas obtenu gain de cause, Daguin démissionne.

1870, c’est aussi l’année de la défaite et de l’occupation par l’armée prussienne. Après cette épreuve humiliante, le nouveau gouvernement veut tout faire pour que la France retrouve sa fierté, et favorise toutes les initiatives en ce sens. C’est dans cette décennie que l’astronomie française officielle, jusqu’alors cantonnée principalement à l’Observatoire de Paris et celui de Marseille, sa succursale, va se développer. L’Etat fonde de nouveaux Observatoires, et prend en charge celui de Toulouse. Un décret du 15 juillet 1872 fixe la composition et les salaires du personnel de l’Observatoire.

Félix Tisserand, normalien, astronome-adjoint à l’Observatoire de Paris, succède en 1873 à Daguin. Il a 28 ans, comme Petit à ce point de sa carrière. Contrairement à ses prédécesseurs, Tisserand n’est pas seul; deux aides-astronomes, Joseph Perrotin et Guillaume Bigourdan, l’assistent dans ses observations. Le premier, originaire de Pau où il a été en classe avec Isidore Ducasse (plus connu sous le pseudonyme de comte de Lautréamont), était maître répétiteur au Lycée de Toulouse. Le second, originaire d’une famille d’agriculteurs du Tarn-et-Garonne, était étudiant à la faculté des sciences de Toulouse. Ce sont donc des novices en astronomie, mais Tisserand a du flair, car ils seront tous deux des astronomes remarquables. En 1874, Tisserand part au Japon observer le transit de Vénus sur le Soleil. Pendant cette absence d’un an, Jules Gruey, chargé de cours à la faculté des sciences de Toulouse, futur directeur de l’Observatoire de Besançon, assure l’intérim de la direction.

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Vue de l’Observatoire de Toulouse à Jolimont au début du siècle

 

Tisserand fait installer le télescope de 83 centimètres en 1875. La monture, en bois, n’est pas stable, et ne permet pas la photographie. Il ne reste plus qu’un seul programme possible, l’observation visuelle. Mais on ne peut pas faire de mesures de séparation d’étoiles doubles parce que le micromètre ne fonctionne pas. Les trois astronomes se mettent à la tâche et observent les satellites de Jupiter et de Saturne. Ils font d’ailleurs si bien que Benjamin Baillaud, le directeur suivant, s’en servira pour établir une théorie des orbites de cinq des satellites de Saturne, théorie fort peu modifiée à ce jour. Ils observent également les taches solaires, et les archives de l’Observatoire renferment encore leurs magnifiques dessins de l’aspect journalier de la surface de notre astre. Perrotin découvre de nouvelles petites planètes. Comme il est de tradition de donner des noms féminins aux nouvelles petites planètes, il donne le nom de Tolosa à celle qu’il découvre le 19 mai 1874.

Les directeurs de l’Observatoire de Toulouse à Jolimont :

Frédéric Petit (1810 – 1865) 1838 – 1865
Théodore Despeyroux (1815 – 1883) 1865 – 1866
Pierre Daguin (1814 – 1884) 1866 – 1870
Félix Tisserand (1845 – 1896) 1873 – 1878
Benjamin Baillaud (1848 – 1934) 1879 – 1908
Eugène Cosserat (1866 – 1931) 1908 – 1931
Emile Paloque (1891 – 1982) 1931 – 1960
Roger Bouigues (1920 – ) 1961 – 1971
Jean Rösch (1915 – ) 1971 – 1981
 

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Objectifs de la commission

La Commission du Patrimoine de l’OMP a pour mission la sauvegarde, l’inventaire et la valorisation du patrimoine astronomique de l’OMP, archives, instruments et plaques photographiques. Voir l’article d’Emmanuel Davoust paru dans la Lettre de l’OCIM n° 129 ,mai-juin 2010 Sauvegarde_inventaire_valorisation_patrimoine_omp

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